News from...Amandine Renévot en Inde

Depuis quand êtes-vous en Inde ?

J'ai atterri à New Delhi le 29 octobre 2008 et rentrerai en France à la fin du mois du juin.

 

Pourquoi avoir choisi ce pays ? Quelles étaient vos motivations personnelles et professionnelles pour faire une césure? Avez-vous un projet de vie ? Une orientation?

Je savais que je partirai en année césure avant même d'intégrer le Groupe ESC Chambéry : c'est d'ailleurs cette possibilité qui nous est offerte de partir un an à l'étranger qui m'a le plus influencée au moment de choisir cette école. En effet, je rentrais d'un an passé en Angleterre à travailler comme jeune fille au pair et n'attendais qu'une chose : pouvoir repartir pour découvrir un nouveau pays et une nouvelle culture. L'Inde s'est ensuite imposée à moi comme une évidence, pour trois raisons en particulier. Tout d'abord, de par son statut de marché émergent, elle fait partie des pays avec lesquels je serai très certainement amenée à travailler dans le futur. Ensuite, et de manière plus personnelle, il s'agissait pour moi d'un défi : partir 8 mois seule dans un pays culturellement très différent et pouvoir rentrer en me disant : "je l'ai fait". Enfin, bien évidemment, je ne peux nier l'influence de la beauté des photos dans les livres touristiques...
En ce qui concerne mes projets, je suis attirée par deux secteurs : l'agroalimentaire et la cosmétique. Je commence à m'intéresser plus particulièrement au social business, c'est-à-dire le « business » à finalité sociale mais avec des exigences de rentabilité, voire de profitabilité, l'exemple le plus connu étant sans doute Danone et son usine Grameen Danone Foods au Bengladesh.

 

 

A votre avis, quels sont les points positifs et négatifs d'une année de césure ?

Professionnellement, je ne vois que des avantages à l'année césure : c'est l'occasion idéale de découvrir la culture du travail d'un pays, de se faire une idée du marché et d'évaluer la concurrence. Une telle expérience apporte une réelle valeur ajoutée à un CV. Outre une meilleure connaissance du marché indien, j'espère que de futurs recruteurs y verront des qualités humaines et professionnelles, telles qu'organisation et rigueur, mais aussi détermination, facilité d'adaptation et ouverture d'esprit.

 

Quels sont les préparatifs nécessaires à un tel départ ?

Il faut penser à trois choses : les formalités de passeport et de Visa, les vaccins (différents selon la région où l'on se rend : le mieux est de demander conseil à son médecin) et la trousse à pharmacie (les risques restent faibles si l'on respecte les précautions liées à l'eau en particulier), et enfin d'un point de vue plus pratique, le logement. J'ai eu la chance de me faire aider par mon unique collègue de travail française dès mon arrivée pour pouvoir emménager rapidement : c'est elle qui est venue me chercher à l'aéroport et m'a hébergée les premiers jours, le temps de visiter quelques appartements qu'elle avait repérés.

 

Quelles sont vos impressions sur le monde professionnel en Inde ? (rapports employeurs/employés  - niveau de salaire -  chômage, etc.) ?

Il y a un très grand respect de la hiérarchie : une place pour chacun, et chacun à sa place. Par exemple, ne demandez pas à une maid (domestique) d'arroser vos trois pots de fleurs, elle s'offusquerait : c'est au jardinier de le faire. Un autre exemple : nous avons récemment réorganisé les bureaux dans l'agence web où je travaille afin de pouvoir accueillir un nouveau stagiaire. Mon employeur, ayant décidé de gérer la société à distance depuis Mumbai, a voulu proposer à la secrétaire de s'asseoir à sa place. Devant son « non » énergique, il a vite compris son erreur... La chaise du chef restera la chaise du chef, et tant pis si elle reste vide 90 % du temps.

La constitution d'une équipe en Inde demande plus de réflexion qu'en France : la religion (hindous, musulmans, sikhs) et l'origine (les Indiens du Nord ne s'entendent pas forcément avec ceux du Sud) sont des « détails » à ne pas négliger si on veut éviter les tensions, tout comme l'origine sociale.

 

Quelle vision l'Inde a-t-elle de la France ?

Les Français ont la réputation d'être arrogants, voire méprisants, ce qui ne facilite pas la tâche au moment de s'intégrer dans une équipe indienne. Il ne faut surtout pas arriver en terrain conquis d'avance. Lorsque ma collègue française est arrivée, elle a dû se battre pour se faire accepter de l'équipe indienne, qui avait eu avant elle de mauvaises expériences avec des Français méprisants, voire paresseux. J'ai eu la chance d'arriver trois mois après elle, alors qu'elle avait réussi à leur faire oublier leurs mauvaises expériences précédentes. Résultat : ils sont tous venus vers moi petit à petit et je m'entends aujourd'hui très bien avec tous les membres de l'équipe.

 

►Areva va livrer des réacteurs EPR en Inde, comment est l'économie ? Parle-t-on de la crise ? Quelle est la définition du mot « crise » en Inde ? Comment cela se traduit-il ?

L'économie connait un ralentissement, ce qui n'empêche pas l'Inde de maintenir un taux de croissance élevé. Ainsi, la Banque Mondiale prévoit une croissance de 6,3 % pour 2008. New Delhi annonce un chiffre un peu plus optimiste, 7,1%, ce qui représente tout de même deux points de moins qu'en 2007, où la croissance avait atteint 9 %. Comme partout ailleurs, le secteur automobile est particulièrement touché, ainsi que les secteurs liés (composants automobiles et acier) ou encore le textile qui souffre de la baisse des exportations. Bollywood, l'industrie glamour spécialiste des films à gros budget, devrait également souffrir de la crise financière. Pour parler de choses plus légères, Facebook annonçait la semaine dernière une soirée intitulée « Recession Night » dans une boite de New Delhi... La crise est dans l'air du temps !

Le contrat signé par Areva n'a par contre pas fait les gros titres et n'a été évoqué que dans les pages business des journaux. Alors que je faisais part de mon étonnement à un collègue, je me suis rendue compte que le nucléaire ne faisait pas polémique en Inde comme en France. Alors que nous nous inquiétons des dangers possibles sur la santé, les Indiens se préoccupent plus de l'impact politique d'une telle transaction, le boycott dont elle faisait l'objet depuis 1974 pour essais nucléaires à l'encontre du traité de non-prolifération ayant été levé en décembre dernier.

 

► A l'heure de l'ordinateur à 10 € en Inde, Dans quel état est le système éducatif en Inde ?

Ca me paraît étrange de parler d'un ordinateur à 10€ alors que nombreux sont les enfants qui n'ont pas accès à l'école. J'en croise tous les jours qui travaillent sur les chantiers (qui se multiplient à Delhi en prévision des jeux du Commonwealth en 2010 - l'avancement des travaux sur le métro est évoqué chaque jour dans la presse), préparent à manger, ou mendient pour aider leur famille. L'éducation pour tous me semble une plus grande priorité que l'ordinateur pour tous.

 

►Les tensions avec le Pakistan voisin sont-elles (encore) d'actualités ? Comment les Indiens/Hindous ressentent-il ce conflit ?

L'enquête menée suite aux attentats de Mumbai continue d'alimenter la une des journaux. Au quotidien, cela se traduit par l'annulation de concerts d'artistes pakistanais ou encore le boycott des films bollywoodiens mettant en scène des acteurs pakistanais. La communauté musulmane, plus que jamais, craint d'être associée au terrorisme, et pâtit de l'image des intégristes. Il semblerait qu'elle soit régulièrement victime d'arrestations arbitraires de présumés terroristes.

 

►Comment ressentez-vous l'émergence de la middle class ? Dans quel secteur ? Commerce, informatique, etc.

Le meilleur moyen de s'en rendre compte, c'est sans doute tout simplement de se déplacer, tant les contrastes sont saisissants. Si on laisse de côté les rickshaws, les bus et les taxis et qu'on ne considère que les moyens de transport personnels, on rencontre des familles entières, les parents et un ou deux enfants, aussi bien sur un vélo ou une moto que dans une voiture. Et à côté de ça, les nombreuses voitures avec chauffeur qui transportent les hommes d'affaires fortunés. Autres indices : les « malls », immenses centres commerciaux qui attirent les gens les plus aisés pour des après-midi shopping ou cinéma, ou encore les boîtes de nuit où se retrouvent les jeunes aux parents fortunés. Et juste en face, des regroupements de mendiants qui dorment à même le sol.

 

► Parlez-nous d'un événement qui a marqué l'actualité économique en Inde récemment :

Celui qui me vient immédiatement à l'esprit est évidemment le scandale provoqué par l'affaire Satyam. Cette société, quatrième groupe de services informatiques et de logiciels du pays, a été l'objet d'une fraude comptable gigantesque, révélée le 7 janvier dernier. Son fondateur a reconnu avoir falsifié les comptes pendant des années et gonflé les liquidités de l'entreprise pour un montant d'un milliard de dollars. Cette affaire risque d'abimer l'image du secteur informatique, symbole de la réussite économique du pays, et déjà victime de la crise financière mondiale.


Quelques liens sur le social business:

http://www.danonecommunities.com/article-de-the-economist-sur-le-social-business-quelques-precisions-utiles/

http://www.thebuzzness.info/index.php?post/2008/05/16/Le-social-business-%3A-arme-contre-la-pauvrete-massive

http://www.grenelle-insertion.fr/blog/marathonpourlemploi/comprendre-le-social-business