News from Pierre Jorcin en Malaisie


1. Depuis combien de temps vivez-vous en Malaisie ? Quelles sont les raisons de votre expatriation ?

Je vis en Malaisie depuis presque deux ans. Mon épouse est Malaisienne et nous avons choisi son pays pour nous installer. J'ai donc pris la décision de venir tenter ma chance en Malaisie, où j'ai pu immédiatement trouver un poste correspondant à mes ambitions professionnelles. L'expatriation a donc pour moi aussi le sens de découverte d'un pays d'accueil, celui de ma femme. J'ai par ailleurs vécu 6 ans en Inde et je suis donc déjà un peu familier de l'Asie du sud et de la vie hors de France.


2. Vous travaillez pour « Navi and Map » : quelle est son activité? Et en quoi consiste votre fonction de « Geographic Information System Manager »?


Je travaille pour Navi and Map, une entreprise spécialisée dans la production de cartographie numérique pour diverses applications. L'activité principale de Navi and Map consiste à générer des données cartographiques urbaines pour l'ensemble des villes de la Malaisie. Notre produit clé est un système de navigation routière GPS, commercialisé sous notre marque en collaboration avec des entreprises japonaises, Zenrin et Sanyo. Nous offrons également des solutions dans le domaine des services de localisation pour des entreprises de télécom, infrastructures, énergie, chaînes de fast food, etc... Par ailleurs, nous diffusons les cartes de la Malaisie sur le serveur international de Multimap et prochainement sur celui de Microsoft Virtual Earth (www.multimap.com).
Mon rôle consiste en la direction technique des projets de mon unité depuis leur conception à partir des demandes des clients jusqu'à leur réalisation et implémentation. Je dirige une équipe pluridisciplinaire de dessinateurs, spécialistes en cartographie numérique, traitement d'image et programmation d'outils logiciels. J'ai donc la responsabilité de choisir les meilleures stratégies pour mener à bien les projets de l'entreprise dans ce domaine, en travaillant de pair avec notre service commercial. Cette expérience m'offre une ouverture sur le marché et une excellente connaissance des enjeux dans mon secteur d'activité en Malaisie, ce qui me donne une grande motivation pour continuer à développer de nouveaux produits et découvrir d'autres marchés potentiels dans ce pays. 


3. Les Malaisiens connaissent-ils la Savoie?

Non, généralement les Malaisiens ne connaissent pas la Savoie, mais on peut rencontrer des personnes ayant voyagé en Suisse ou qui au mieux connaissent Chamonix. Le plus souvent, les Malaisiens qui ont eut l'occasion de venir en France étaient en voyage d'affaire ou en déplacement depuis l'Angleterre, la Hollande ou l'Allemagne. Ces personnes connaissent plutôt en France les villes industrielles qu'ils ont visitées.


4. Quels sont les usages en vigueur dans le monde des affaires en Malaisie ?

Dans le monde des affaires, la Malaisie se range au niveau international dans le secteur privé, avec un grand nombre de multinationales et d'entreprises Malaisiennes faisant affaire avec des compagnies étrangères. Par ailleurs, la Malaisie a aussi ses particularités locales, spécialement pour ce qui est des réponses aux appels d'offres ou négociations directes de contrats importants. L'historique de l'entreprise, le statut de ses dirigeants et leurs appuis politiques tiennent une place de choix dans les décisions. On trouve néanmoins plusieurs écoles, selon le profil culturel de l'entreprise et de ses dirigeants. Le modèle dominant reste de réaliser des alliances stratégiques pour couvrir tous les aspects d'un projet et faire face à la concurrence. L'entreprise ayant le plus de poids sera leader du projet auquel d'autres entreprises prendront part, en tant que partenaires ou sous traitants. Faire jouer de ses relations pour favoriser un contrat et occuper la meilleure place sur le marché fait partie des usages. Une autre pratique courante est ce que l'on pourrait appeler l'effet boule de neige, où les entrepreneurs essaient de se placer sur marché en sécurisant un premier contrat modeste, qu'ils espèrent faire fructifier par la suite. La promotion de services proposés dépasse parfois la réalité, et on voit des entreprises jouer sur la prospection de développements et contrats futurs pour promouvoir leur cause.
A l'échelle de l'entreprise, c'est le modèle anglo-saxon qui domine, où l'on cherche à appliquer les standards internationaux de gestion des ressources et du personnel. La culture Malaisienne s'associe à ce modèle avec plus ou moins de succès. Les relations de travail au sein de l'entreprise demandent de faire preuve d'une grande diplomatie, ainsi que de la patience et une certaine ouverture d'esprit. Il faut savoir décerner le vrai du faux quand l'information manque de clarté. Des talents de communication sont la clé d'une réussite, et sont je dirais même essentiels. En Malaisie, comme dans de nombreux pays d'Asie, le respect et la crainte de l'autorité établie conduit souvent à une tendance à se déresponsabiliser et transférer ses responsabilités, et ainsi la faute qui peut y être liée, sur un autre personne ou un autre facteur. Evidemment ce type d'attitude demande des efforts supplémentaires à tout chef d'entreprise ou chef de projet pour garder ses équipes dans la bonne direction, sans pour autant heurter l'égo et la motivation de ses partenaires.
Un autre modèle d'entreprise aussi très présent est le modèle japonais, avec ses méthodes de mesures de productivité très strictes, et sa méthode Kaizen, principe d'amélioration continu des procédés de production. Mon entreprise se situe à mi chemin entre ces différents modèles, le CEO de l'entreprise ayant été un représentant du groupe Sojitz pendant près de deux ans.


5. Quels conseils donneriez-vous à un chef d'entreprise savoyard désireux d'exporter en Malaisie ? Quelles sont les règles en usage dans le monde des affaires ? (Anecdotes, péripéties, ou simple constat).

D'une manière générale, la Malaisie offre un cadre favorable aux entrepreneurs. Il existe un fort esprit d'entreprendre, les Malaisiens n'étant pas frileux de se lancer dans de nouvelles affaires. Les entreprises font par ailleurs aisément appel à des consultants étrangers, australiens, américains ou anglais, pour peu que les services ou produits soient dans leur budget, ou dans celui de leurs clients. Les conseils que je donnerais à un chef d'entreprise savoyard seraient de bien savoir à qui il a affaire avant de conclure un marché. L'idéal est de s'associer avec une entreprise Malaisienne de valeur pour compléter et consolider ses atouts. Je conseillerais également de se doter d'un juriste spécialiste en droit commercial, car les litiges sont très fréquents et les mauvais payeurs ne sont pas toujours ceux que l'ont pourrait croire. Obtenir la solde d'un projet nécessite une bonne connaissance des armes juridiques. Cela peut dans certains cas prendre plusieurs mois, voire ne pas aboutir. Il convient donc de prendre des mesures juridiques pour protéger ses intérêts dans les négociations. De même, certaines promesses de contrats ne voient jamais le jour, et il faut savoir être proactif et changer rapidement de stratégie, voire de partenaires commerciaux.
La Malaisie a également ses propres traits culturels, où le goût de la modernité et de la consommation côtoient les valeurs plus traditionnelles. La superstition y occupe une place de choix ainsi que les croyances aux fantômes. En Malaisie, de part l'apport de la culture chinoise, il n'existe pas d'étage 13 ni 4 dans les immeubles, mais 12A et 3A. On dit par exemple qu'un bâtiment inhabité depuis plus de six mois a de très grande chance d'être hanté. Pour citer une anecdote, il m'est arrivé récemment, lors d'une réunion avec un important client, de voir celui-ci raconter comment il a « négocié » avec le fantôme présent dans sa résidence afin que ce fantôme puisse occuper une pièce de la maison à la condition qu'il ne dérange pas sa famille. Ainsi les croyances populaires et personnelles restent présentes même dans le monde moderne des affaires. A vous de garder l'esprit ouvert et de savoir réagir en respectant vos interlocuteurs. Un autre trait de la culture Malaisienne est un goût prononcé pour les plaisanteries à connotations sexuelles, jeux de mots à double sens et remarques que l'on jugerait très osées et provocantes en France, et particulièrement déstabilisantes quand on s'attend à une réunion de travail importante !


6. Quel regard portez-vous sur l'économie de la Malaisie ? Est-elle vraiment attractive ? Quels sont ses inconvénients ? Existe-t-il des freins à sa croissance ?...etc.

Pour l'heure, je dois dire que la Malaisie se vante de ne pas être touchée par la récession globale qui touche l'économie mondiale en ce moment. Reste que la dépendance avec les clients et fournisseurs étrangers risquent tout de même de provoquer une légère baisse de l'économie, et surtout une chute du marché de l'emploi à Kuala Lumpur dans les multinationales. D'une manière générale, il existe de forts potentiels en Malaisie, pour investir dans des entreprises et des affaires commerciales. Il faut savoir identifier les secteurs les plus porteurs et les limites de certains marché dues à des aspects de réglementation juridique, où liés à des monopoles établis et difficiles à concurrencer. Par ailleurs, il faut garder à l'esprit que la compétition et la concurrence en affaire est féroce. Toute nouvelle idée peut rapidement être saisie par un concurrent qui proposera par exemple une solution identique avec un matériel fabriqué à moindre coût en Corée ou en Chine.
Dans le domaine technique et industriel, pour des chefs d'entreprises français désireux d'investir dans un nouveau marché, il existe des subventions du gouvernement malaisien pour commercialiser de nouveaux produits développés avec des technologies innovantes. Ces subventions peuvent aller de 1 à 4 millions d'Euros et sont destinées à des entreprises Malaisiennes dont les capitaux peuvent être à 40% étrangers.
Si vous souhaitez nous rajouter des éléments à ces questions : anecdotes, ou autres éléments concernant l'actualité, n'hésitez surtout pas.
La Malaisie est située sous une latitude proche de l'équateur au climat chaud toute l'année, et le pays offre un cadre idéal pour du tourisme avec ses îles et sites de plongées sous marines, ainsi que ses parcs naturels et forêts. La Malaisie offre un cadre multiculturel étonnant, moderne, où il est facile de se sentir à l'aise.
Bien sûr, ce n'est pas sans compter avec les problèmes politiques et les conflits ethniques et religieux latents. Problèmes liés à l'histoire de ce pays où cohabitent trois communautés, malaise, chinoise et indienne. Le gouvernement malaisien pratique notamment une politique de quotas en faveur de la population de souche malaise en ce qui concerne par exemple l'achat d'une résidence, offrant jusqu'au 20% de réduction au prix d'achat. Des journalistes ont déjà fait l'objet d'emprisonnement pour leurs déclarations jugés actes de menace contre la sécurité intérieure du pays. Les intellectuels Malaisiens s'insurgent fréquemment contre ce type de mesures.
La Malaisie est également un pays à majorité musulman, et chacun des états Malaisiens a ses lois religieuses et ses fatwas dont certaines sont propres à ce pays. Une fatwa vient par exemple d'être déclarée contre la pratique du yoga, jugée déviante.
J'ajouterai qu'une masse d'immigrants professionnels ou étudiants de pays d'Asie et du moyen orient se joint chaque année à la population Malaisienne et contribue à l'aspect cosmopolite de sa capitale Kuala Lumpur. A l'exception du secteur public, l'usage de l'anglais est systématique dans le monde professionnel, et également très répandu parmi la population. Connaître le Malay, bahasa melayu en V.O., n'est pas indispensable mais c'est un plus dans les relations. Connaître le Mandarin ou le Japonais peut par contre être un réel atout dans le monde des affaires.



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