News from...Jean Baumstark en Angola

 

Légende : remise des prix de français à la Base Navale de Luanda en novembre dernier. La personne à ma gauche est le professeur de français, les autres personnes appartiennent à la Marine angolaise.



1. Origine/carrière.

Je suis un haut-savoyard d’adoption : mon père est originaire de Lyon et ma mère de la Côte Saint-André en Isère. Né à Grenoble, je suis arrivé en Haute Savoie en 1961, plus précisément à Saint Félix, lorsque mon père entra à la fromagerie « La Mère Picon ». A cette époque, ce petit village que traverse aujourd’hui l’autoroute, abritait aussi une autre fromagerie aujourd’hui aussi disparue, Finas.

Mes parents m’envoyèrent en internat au collège Saint Michel à Annecy où je suis resté huit années avant d’aller au lycée Gabriel Fauré où je suis resté de la seconde à la terminale.

 

Le bac en poche, je suis entré au Collège Militaire d’Aix en Provence pour présenter le concours de Saint Cyr que je n’ai pas eu. Comme j’étais engagé, j’ai été affecté au 7e Bataillon de Chasseurs Alpins de Bourg Saint Maurice en tant que caporal et où j’ai décroché mon galon de sergent. J’ai ensuite pu accéder au peloton d’élève officier de réserve à Coëtquidan, décrocher mon galon d’aspirant et partir en Allemagne pendant deux ans .

 

Sous-lieutenant, je rejoins l’Ecole Militaire de Strasbourg où je prépare le concours de l’Ecole Militaire Interarmes de Coëtquidan que j’intègre en 1981. Je reprends l’Infanterie à l’issue et je sers successivement dans les chasseurs mécanisés, la Légion Etrangère, l’infanterie motorisée où je commande une compagnie de combat avant de rejoindre Saint Maixent l’Ecole où je commande une compagnie d’élèves sous-officiers.

Je suis ensuite affecté pour deux ans en Guyane au  9e Régiment d’Infanterie de Marine où j’apprends le portugais. A l’issue, je rejoins l’Etat-Major des Armées (EMA) où je m’occupe de l’Amérique Latine.

Début 1999, je suis désigné pour suivre le cours de l’école de guerre au Brésil,  à Rio de Janeiro, située sur la « Praia Vermelha », au pied du Pain de Sucre.  Retour à l’EMA début 2000 et en 2002, je suis affecté au Liban pour une année en tant que chef du Bureau de liaison des observateurs de l’ONU  à Beyrouth. Retour à l’EMA en 2003 au bureau Afrique comme chef de la section Afrique australe puis comme adjoint au chef de bureau.

En juillet 2006, c’est le départ pour l’Angola en tant qu’attaché de défense, dans la logique d’une carrière orientée depuis plusieurs années vers l’international.

 

2. Mes missions en Angola :

- représentant du chef d’état-major des armées auprès des autorités militaires locales ;

- apporter mon expertise militaire à l’ambassadeur  de France ;

- entretenir et accroître notre coopération militaire bilatérale ;

- coordonner les actions de coopération policière entre l’attaché de police basé à Pretoria (Afrique du Sud) et la police angolaise.

 

Notre coopération militaire concerne :

- l’apprentissage de français en milieu militaire ;

- l’envoi de stagiaires angolais dans nos écoles militaires en France et en Afrique.

 

Notre coopération a débuté dans les années 90. après un léger tassement, l’envie d’apprendre notre langue repart et sept centres se sont ajoutés ces deux dernières années aux cinq déjà existants. Des résultats visibles sont attendus d’ici deux à trois ans lorsque les militaires-élèves auront atteint le niveau de connaissance requis pour présenter les examens de français.

Quant aux stagiaires, ils se distinguent par leur volonté de réussir et la qualité de leur travail : ils savent que leur compétence linguistique peut leur ouvrir des perspectives attrayantes.

Beaucoup sont venus en France suivrent des stages, mais le temps est généralement compté et très rares sont ceux qui connaissent notre région.

 

3. Mes conseils.

- ne pas hésiter à contacter la mission économique, bien sûr lui faire confiance et ne pas hésiter à réaliser un déplacement pour évaluer in situ les potentialités, les problèmes d’installations, etc.

- l’Angola est en plein décollage économique dont nous assistons aujourd’hui aux prémisses, concrètement à la remise en état des infrastructures. Demain, les immenses potentialités agricoles et minières devraient pouvoir donner naissance à de l’industrie. L’avenir reste prometteur, out est à faire en Angola en dépit d’un contexte rude, difficile et où la concurrence se durcit chaque année.

- il faut projeter de s’installer tout de suite en province, car Luanda est saturée.

- à titre d’exemples : il y a des débouchés pour des boulangers pâtissiers et des restaurateurs de qualité, pour nos produits régionaux (récemment j’ai fait goûter un Cerdon à un importateur angolais de vin : il voulait en acheter tout de suite car il est persuadé que ce vin fera fureur ; les Angolais raffolent de mousseux en guise de champagne). Mais le pays attend aussi des technologies modernes, l’industrie secondaire est quasiment absente, des PME ont leur chance en fonction de leur spécialité. Il manque des professions médicales et paramédicales (kinés, ostéopathes, etc.) Il ne faut toutefois pas sous-estimer les difficultés d’installation, de vie courante et d’approvisionnement, mais je ne peux qu’encourager les Chambres de Commerce et d’Industrie à prendre contact avec la mission économique et à se déplacer pour réaliser une éventuelle étude de marché.

L’Angola ne connaît pas nos difficultés économiques et sociales, la récession n’est pas pour demain.

 

 

4. Perception de notre pays.

Il est bien perçu. Certes les tensions que nous connaissons depuis quelques années sont vouées à disparaître, nous attendons la fin du procès en cours et considérons qu’elles ne constituent qu’un épiphénomène dans nos relations bilatérales.

Nous avons une bonne image. Notre statut de puissance moyenne à l’esprit indépendant et avec des références qu’on nous envie, colle à la réalité du pays qui occupe lui aussi une place à part entière en Afrique tant par sa position géographique que par sa particularité linguistique (pays lusophone coincé entre pays francophones et pays anglophones) aisi que par sa richesse et ses ambitions.

Par ailleurs, le président Dos Santos est francophile, son épouse a eu une action décisive dans le projet d’extension de l’école française où leurs enfants sont scolarisés.

 

 

5. Point de situation politique.

Le 1er août 2006, l’Etat angolais signait avec le Forum Cabindais pour le Dialogue (émanation du Front de Libération de l’Enclave de Cabinda – FLEC) les accords de Namibe qui doivent régler à terme les différends concernant la province. Ces accords ont constitués la condition nécessaire pour que le gouvernement engage de façon résolue le processus électoral dont l’aboutissement doit faire entrer le pays dans le concert des nations démocratiques. Nous avons connu le premier volet, celui des élections législatives du 05 septembre 2008 ; le second, celui de l’élection présidentielle est prévu en 2009 et le dernier, celui des élections locales est prévu pour 2010.

Les élections législatives ont consacré la victoire écrasante du MPLA, le parti au pouvoir de puis l’indépendance en 1975, avec près de 82 % des suffrages. Préparé avec minutie, le crutin s’est déroulé dans le calme et sans accroc, montrant l’image d’un pays rassénéré, réconcilié et résolument tourné vers l’avenir.

C’est dire que les entrepreneurs désireux de s’implanter ou d’investir trouveront un pays politiquement stable.

L’Angola n’a connu l’indépendance que dans la guerre jusqu’en 2002. Cette page est résolument tournée : place au développement économique et à un rôle influent en Afrique qui consacreront l’exemple de développement économique, politique et social que l’Angola veut se doter.

Le processus engagé sera encore long car la formation en général accuse un énorme retard mais l’Angola est décidée à montrer que la fatalité n’est pas irréversible.


Le Six de Savoie :

Mon père a été formé à l’école de laiterie d’Aurillac.

Dans un premier temps, il a été représentant pour la société Entremont qui, à l’époque, avait toutes ses activités à Annecy. Il travaillait beaucoup dans la région de Saint-Marcelin/La Côte Saint André.

Après un bref séjour à Toulon en tant que directeur de laiterie, il va à Roanne dans les mêmes fonctions. Il rejoint la fromagerie « La Mère Picon » à Saint-Félix (Haute-Savoie) en 1961 en tant que chef de la production.

 

Je me rappelle des séances de dégustation à la maison au moment du fromage devenues de véritables rituels :

-          élasticité de la pâte avant l’ouverture de l’emballage ;

-          la pâte colle-t-elle à l’emballage lorsqu’on l’ouvre ;

-          couleur de la pâte ;

-          le moelleux de la pâte en la tartinant ;

-          et bien sûr, le goût, le fondant,

puis on passait à des généralités.

Nous avions en général la primeur des essais et des trouvailles et c’était la déception lorsqu’il n’apportait rien de nouveau.

 

Le concept moderne de six portions dans une boite de couleur bleu ciel était original et caractérisait La Mère Picon, seule à l’utiliser.

Mon père était fier des résultats : par exemple, les fromages étaient exportés dans plusieurs pays du Moyen-Orient et les retours qualitatifs étaient excellents.

Puis un jour il arriva avec une nouveauté : des Six de Savoie parfumés, comme nous disions, au bleu de bresse, à la noix, à la tomate et d’autres que j’ai oubliés. Précurseurs sur le marché, ils furent commercialisés avec un énorme succès.

 

Je ne me rappelle pas les circonstances qui ont amené la société Bel à racheter La Mère Picon. Je me souviens seulement que l’ambiance était très tendue sur la fin au sein de l’entreprise. Mon père n’a pas supporté les jalousies et les embrouilles qui lui étaient faites, lui qui s’était fait tout seul, par de jeunes ingénieurs en laiterie qui ne prouvaient rien ; il n’est pas resté en dépit des sollicitations des dirigeants de Bel qui lui demandaient d’attendreque la société soit propriétaire.

Quelques années plus tard, apparut sur le marché « l’apéricube » : Bel avait repris le concept du fromage aromatisé sous une autre forme.

 

Je suis repassé il y a trois ans à Saint Félix avant de partir pour l’Angola : l’usine ainsi que les logements des cadres ont été rasés.